En 1998, un satellite survolant Mars détecta ce qui apparaissait être une très large zone d'hématite, en un lieu appelé Meridiani Planum. Et c'est sur cette plaine qu'on décida de faire atterrir le robot explorateur Opportunity, parce que les scientifiques étaient en priorité à la recherche de traces d'eau ou de processus impliquant l'eau. Et justement, la formation de l'hématite implique toujours la présence d'eau.

Et c'est là que réside une triple connexion de ces billes de Moquis avec la vie.

Un groupe spécifique de chercheurs, présidé par Mme Marjorie Chan, professeur de géophysique et de géologie à l'Université de l'Utah, a travaillé plus particulièrement sur le phénomène de la formation de ces billes et en a élucidé les grandes étapes. Le plus étonnant, c'est que durant leur travaux, ils ont émis dès 2003 la certitude qu'il se trouvera sur Mars les même Moqui Marbles que sur Terre. Et ils avaient raison.

A l'origine, des quantités importantes d'eau dissolvent des minéraux en présence d'un certain point de départ, et en particulier le fer. Ces eaux souterraines, circulant dans des anfractuosités, des fissures, des trous et des porosités véhiculent tous ces minéraux dans d'autres roches, jusqu'à des lieux où la chimie et les conditions différentes précipitent le fer sous la forme d'hématite. C'est cette précipitation, par couches, qui forme les sphères, ou les autres formes.
Sur Mars, les précipitations eurent probablement lieu à partir d'eaux acidifiées. Alors que sur Terre, en Utah, les précipitations se sont produites lors de la rencontre d'eau saumâtres hydro-carbonnées avec des eaux souterraines riches en oxygène.
Des millions d'années après que ces précipitations se soient formées dans les roches souterraines et sableuses de cette zone de l'Utah (peut-être 25 millions d'après cette équipe), l'érosion a peu à peu dégagé ces billes résistantes de leur enveloppe rocheuse, et elles ont, d'après la configuration des terrains, glissé et roulé pour se regrouper dans des poches, dans lesquelles on les retrouve aujourd'hui parfois en très grandes quantités.

Fin janvier 2004, Opportunity se posa donc sur cette plaine martienne, Meridiani Planum. Cinq jours plus tard, le robot détecta de l'hématite dans des galets dispersés sur ce terrain, et détecta plus tard des galets similaires accrochés à des excroissances rocheuses. Le chef de l'expédition martienne déclara en février que ces galets pourraient bien être des concrétions, c'est à dire des éléments contrastant avec leur environnement formés par une précipitation chimique progressive qui leur a donné leur forme particulière.
Au retour de l'expédition, l'examen simple des galets a montré qu'il s'agissait effectivement des mêmes Moqui Marble qu'on trouve sur Terre.

De nombreux éléments des travaux de l'équipe de Mme Chan sont potentiellement riches de conclusions éclairantes, et la similarité des billes martiennes avec les billes terrestres font que les études de leur formation en Utah éclairera sans doute les phénomènes martiens, et aideront à comprendre l'histoire de l'eau sur cette planète.
Un de ces points est le fait que sur Terre, de nombreuses formations minérales peuvent être facilitées et accélérées par la présence de microbes ou de bactéries. D'où encore un autre lien entre ces billes et la vie ...
A une autre échelle, le survol du paysage martien dans la zone concernée montre de fortes similitudes avec le paysage de l'Utah. Ces paysages sont marqués par une érosion très inégale, comme si d'un côté de fortes pluies avaient délavé des roches devenues blanchâtres, et comme si, d'un autre côté, les parties où on eu lieu des précipitations d'hématite, donc les parties devenues résistantes à l'érosion, sont restées, elles, bien en relief.