Lorsque je suis entré dans le métier des pierres précieuses, j'étais déjà et depuis plus d'une dizaine d'années imprégné de la culture et des pratiques vajrayana de l'école Karma Kagyü, et plusieurs choses m'ont frappé. J'ai été surpris, en essayant de mettre ces intuitions par écrit pour la première fois, de la difficulté à les exprimer.

D'abord le plus frappant était l'attrait que les pierres précieuses exerçaient naturellement sur l'esprit, je le constatais évidemment en moi-même, ayant l'occasion de voir mais aussi de manipuler un grand nombre de pierres que jamais je n'aurais pu toucher en dehors de ce métier, mais je le constatais aussi en observant de l'intérieur ce monde commercial bien particulier, vaste système captant l'attention et la richesse du public.
Tout le monde a en soi cet attrait naturel, maintenant on ose plus ou moins le dire ou l'exprimer, en fonction de beaucoup de critères, notamment comment on se place vis-à-vis de la richesse, vis-à-vis des diverses positions sociales, voire même de sa propre orientation politique.

Il est vrai qu'il y a de quoi vouloir prendre ses distances par rapport à ce monde de la bijouterie et de la joaillerie, parce que comme me le disait un de mes clients joaillier de longue date, un ancien, tout ce monde est au service de l'orgueil et de la vanité. Toute la chaîne, depuis l'extraction des métaux précieux et des pierres brutes, jusqu'à leur polissage et leur exposition dans les vitrines, tous les efforts, toutes les compétences, les risques, les tensions, tout l'art, toute la passion et l'inventivité des créateurs, ainsi que le travail minutieux et soigné des artisans, tout est au service de l'auto-contemplation, de la mise en valeur de l'ego, ainsi que du désir et de l'orgueil.
Donc surtout pour un bouddhiste, qui serait censé cultiver le renoncement, il n'y a rien à faire avec ces pierres, ces savoir-faire, bref avec tout ce monde en soi. J'ai fini, au bout d'une certaine réflexion, par penser tout le contraire ...
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